Fernand Deligny, Oeuvres, L'Arachnéen (diffusion Pollen), Paris, 2007, édition établie et présentée par S. A. de Toledo

Ce recueil des oeuvres de Fernand Deligny paraît un peu plus de dix ans après sa mort. Il reconstitue les étapes d’une trajectoire qui conduisit cet éducateur sans patente de la lutte contre l’association de la « Sauvegarde de l'enfance » à une approche éducative ouverte du traitement de l’autisme. Il rassemble pour la première fois l’essentiel de son œuvre, en partie inédite. 

L’écriture constitua pour Deligny une retour réflexif inlassable sur les pratiques d’éducation. Ses premiers textes sont des pamphlets contre l’« encastrement » institutionnel et la compassion philanthropique qui ont infusé la politique rééducative de l’après-guerre et perdurent en partie aujourd'hui. À partir de la fin des années 1960 il accompagne des enfants autistes dans les Cévennes et invente de toutes pièces un dispositif de prise en charge : réseau d’aires de séjour, éducation confiante en elle-même et à l'écoute de l'usager, « coutumier » ritualisé... Il invente une cartographie, les « lignes d’erre », se saisit du cinéma pour remettre en cause le « point de vue » hégémonique de « l’homme-que-nous-sommes ».

Textes, articles, documentaires, sont situés à l’intérieur du parcours de Deligny. S'y ajoutent cinq textes critiques, la première chronologie de son œuvre, une bibliographie très fouillée visant à constituer la biographie intellectuelle d’un personnage. Sans chercher à défaire la part de légende qu’il a volontairement entretenue, on y rétablit les faits historiques sur le fond desquels l'action et l'œuvre pourront apparaître dans leur pleine singularité.