Extrait du journal de bord des observations faites en classe par une enseignante spécialisée exerçant en réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED – les prénoms utilisés ont évidemment été modifiés) :
« Jeudi 23, CP : Juliette aimerait bien écrire son prénom comme les autres mais il lui est impossible d’y arriver. Pourtant elle est inscrite au soutien et sa maîtresse lui a montré, expliqué, comment faire ; elle lui a « tenu la main », l’a encouragée, soutenue. En vain. Juliette est extrêmement fatigable, n’arrive pas à fixer son attention, parle difficilement...
Lundi 6, CM1/CM2 : Mélina essaye de suivre la séance de lecture, c’est très difficile car elle n’arrive pas à déchiffrer sans erreurs. Elle finit par inventer les réponses et coche au hasard dans les items de vérification qui lui sont proposés.
Vendredi 10, CP/CE1 : Cyril ne veut pas s’asseoir, il ne peut pas entendre, il ne pas pas voir, il ne veut pas, il ne veut plus, il n’en peut plus… Il se met à parcourir la salle court à quatre pattes sous les tables, et crie...
Jeudi 16, CE1/CE2 : Marguerite veut absolument me parler, elle s’effondre en larmes, son papa a tout cassé dans la maison de sa maman... »
En 1990 l'Education Nationale avait mis en place les R.A.S.E.D : Réseaux d'Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté afin que des élèves comme Juliette, Mélina, Marguerite et Cyril puissent bénéficier d’une aide adaptée, quelle que soit l’école où ils se trouvent et durant le temps scolaire. Des enseignants, ayant suivi une formation spécifique afin de devenir maîtres spécialisés, dans le domaine pédagogique ou bien dans le domaine rééducatif, travaillent en collaboration avec un psychologue scolaire. Ils conçoivent des adaptations, des aménagements, des remédiations, accompagnent les élèves dans la classe ou en petit groupe, voire en cas de besoin sur un travail individuel, en concertation avec les enseignants, les familles et les élèves eux-mêmes. Ils peuvent être amenés à proposer des consultations auprès des services de soins, ou des bilans auprès d'autres spécialistes.
Ainsi Juliette a-t-elle pu, par exemple, continuer à travailler en Grande Section de maternelle, mais on a réalisé un bilan complet dans un centre spécialisé et un dossier pour reconnaissance de handicap a été ouvert à la MDPH (Maison Départementale de la Personne Handicapée) afin qu’elle puisse bénéficier du suivi d'un service de soins spécialisés. Elle participe à des séances de travail en petit groupe, pendant le temps scolaire, avec l’enseignante spécialisée (moi) : une remédiation pédagogique spécifique lui était indispensable. Les notions présentées en classe sont abordées différemment, à son rythme et en fonction de la manière dont elle s’en saisit. Cet accompagnement ne consiste pas en un simple soutien, il s’appuie sur des techniques spécifiques d’explicitation, fait appel à un renforcement des stratégies cognitives utilise du matériel et des méthodes adaptés : boîte à transformation, figurabilité des lettres, approche kinesthésique, métacognition, travail sur la restauration de l’estime de soi...
En septembre 2009 le ministère de l’Éducation nationale a décidé de « sédentariser » 3000 enseignants spécialisés dans des classes ordinaires, il serait même question de supprimer des RASED complets dans 10 départements supposés « pilotes ». Et Jean-Louis Nembrini, directeur général de l'enseignement scolaire au ministère de l'Education nationale, déclarait-il le 27 octobre 2008 que la mise en place de deux heures de soutien dispensées par le maître de la classe de référence de l'élève en difficulté permettrait de relayer avantageusement l'intervention des maîtres spécialisés du réseau, puisque l'enseignant de la classe de référence allait y « pratiquer l’écoute, rencontrer l’enfant, différemment, non pas dans sa position de maître, forcément, mais dans sa position de personne de proximité ».
Est-ce à dire que la formation et l’expertise acquises par les enseignants spécialisés peuvent se réduire à une position de proximité ? Nous sommes nombreux à en douter…
Fabienne FUSTEC, enseignante spécialisée, responsable des aides à dominante pédagogique en RASED, le 19/11/2008.