Rapport ?!

Bonjour... Plusieurs petits trucs intéressants et originaux sur votre site. Ce n'est pas très fourni, mais je suppose que vous l'étofferez avec le temps. Par contre j'ai une question, et il y a quelque chose que je ne comprends vraiment pas.

Ce que je ne comprends vraiment pas : quel rapport y a-t-il entre les difficultés d'apprentissage et leur résolution d'une part (si j'ai bien compris c'est le thème du site), votre texte sur le tétragramme d'autre part ? Ce serait plutôt de l'histoire des religions, ça, non ?

Ma question : que veut dire "Nitsoutsot" ? C'est de l'argot ?

Daniel

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Bonjour Daniel,

Le mot qui vous a intrigué veut dire littéralement "flammèches" dans l'hébreu dérivé de la Bible. Pour la tradition quabalistique le "feu" de la sagesse biblique s'est en effet dispersé à travers le monde, essaimé en flammèches qu'on retrouve un peu partout. Qu'on retrouve... enfin, si on prend la peine de les chercher.

Il y a des auteurs, comme ça, qui n'ont pas grand chose à voir avec l'Ancien Testament (ni avec l'Université d'ailleurs), qui font "résonner", au détour de telle ou telle phrase, du superbe et de l'essentiel. C'est le cas d'Hemingway, qui décryptait la réalité à travers l'héroïsme des Evangiles et de la tragédie grecque, plutôt que du Pentateuque. Son roman le plus célèbre (For Whom the Bell Tolls) s'articule ainsi autour d'un quadruple argument : le sacrifice christique, l'universalisme des prêches catholiques du 17ème siècle, le mythe d'Orphée, l'histoire de Cassandre... Malgré ça (ou à cause de ça ?) il propage admirablement ce tonnerre qui accompagne  le feu biblique, le "buisson ardent"... Voilà... On y arrive : qu'est-ce que comprendre sinon "retrouver la flamme", "distinguer la lumière", la rendre "présente" ?

Etonnant comme, du coup, certaines choses en "éclairent" d'autres, pour peu qu'on y prenne garde. L'un des concepteurs de ce site (celui ayant composé l'article qui vous a intrigué) furète début juin sur le Net à la recherche de références utilisables concernant les "variantes" de l'Ancien Testament. Beaucoup de pages émanant de spécialistes du domaine, d'hébraïsants distingués, and so on. Truffées d'erreurs monumentales, d'âneries à faire rougir n'importe quel collégien, de digressions obsessionnelles, d'arguties absconses. Au moment où il se résigne à interrompre sa quête, tout du moins la relayer sur quelque bibliothèque chenue, le voici qui tombe sur une page hallucinante de clarté, de pertinence, d'érudition maîtrisée. Page émanant... d'un simple amateur, Nicolas Baguelin, totalement inconnu des "maîtres" supposés du domaine. On ne résiste pas à vous en livrer cet extrait, qui "coule" à lui tout seul un bon millier d'ouvrages dits de référence :

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Le principe de la critique textuelle suppose un texte biblique original (n'ayant en réalité probablement jamais existé comme tel), dont les transcriptions ultérieures constitueraient des témoignages approximatifs : la critique textuelle tente d'évaluer la plausibilité des variantes entre manuscrits pour obtenir le texte le plus cohérent possible.
En ce qui concerne  la Bible hébraïque, le texte fut transmis par des érudits juifs avec un certain nombre de remarques en marge, notamment pour rectifier les erreurs apparentes du texte, mais sans les corriger sur le texte lui-même parce qu'on n'excluait pas la possibilité que l'erreur "évidente"... n'en soit pas une.
Ce travail intelligent et humble... sert depuis 1937 de prétexte à certains demi-savants pour un apparat critique composé de bric et de broc (version de 1977 : la Biblia Hebraica Stuttgartensia, BHS pour les intimes). Cet apparat n'utilise en effet pas seulement les "corrections" des érudits juifs et les Targoums araméens mais aussi (hélas, surtout) des variantes issues de traductions externes - grecques, latines,  coptes... Dès lors si cet apparat critique présente un certain intérêt, il soulève trois questions.

1) L'approche devrait utiliser de façon plus importante les variantes issues des différents manuscrits hébraïques, notamment celles du codex d'Alep. La BHS est en effet bâtie à partir du codex de Leningrad, seul manuscrit du Pentateuque complet conservé à ce jour. Et les variantes du codex d'Alep, les plus fiables car ponctuées par le dernier représentant de la famille Ben Asher (c'est d'ailleurs à partir du codex d'Alep que le Leningrad a été transcrit), mériteraient d'être soulignées, au lieu d'être simplement mentionnées comme émanant d'un "autre manuscrit hébraïque". La BHS ne s'occupe d'ailleurs pas souvent des variantes propres aux manuscrits hébraïques : elle préfère s'intéresser à des  sources non hébraïques et fréquemment postérieures.

2) Il est vrai que la comparaison avec des sources externes s'avère utile : la Septante grecque en particulier permet sans doute de remonter à des passages bibliques antérieurs à ceux du texte canonique. Même chose pour les manuscrits de Qumran (et, quoique dans une moindre mesure, le Targum P'shitta voire certains textes latins) : c'est précisément l'objectif de la critique textuelle que d'évaluer la priorité de tel ou tel manuscrits afin d'établir les textes les plus anciens, ou les plus "originaires".
Des leçons extrêmement importantes de la Septante ne sont pourtant aucunement prises en compte dans la BHS : pour certains passages on est obligé de se reporter au texte de la Septante lui-même, car il diffère trop du Leningrad pour avoir été jugé "digne" par les éditeurs de se voir mentionné.

3) Des traductions comme celle de la Bible de Jérusalem se permettent de déplacer des versets, voire des morceaux entiers de texte, sur la base de la BHS (s'agissant notamment des Livres de Samuel). Si ces reconstructions sont parfois intéressantes elles négligent en général trop la logique de transmission et de cohérence du texte. L'exégèse juive elle-même, qu'il s'agisse du Talmud ou de commentateurs plus tardifs comme Rachi, propose parfois de déplacer des versets selon le principe אין מוקדם ומאוחר בתורה ("Il n'y a pas d'antérieur et de postérieur dans le Pentateuque"). Mais elle réserve ces déplacements et leur conjecture à l'interprétation plutôt qu'à l'établissement assuré du texte.
Il faut dès lors considérer avec précaution la critique textuelle - la replacer dans son contexte, essentiellement historique et scientifique, celui de la recherche d'un texte "original" déformé par le temps. Il n'y a rien d'absolument certain dans ses conclusions actuelles puisque les outils, les méthodes et les matériaux utilisables évoluent (cf.  par exemple les remaniements induits par la découverte des manuscrits du désert de Judée).

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Bravo donc, vraiment bravo, Monsieur Baguelin

- c'est sur http://forums.mekorot.org/read.php?2,169,169#msg-169 

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Bon... Jusque-là ok, direz-vous Daniel... Mais le rapport de tout ça à l'apprentissage ?

On va faire court. Ca mériterait des centaines de pages mais on va faire court.

Lorsque les érudits "corrigent" le texte tout en maintenant comme standard... sa version non corrigée, c'est qu'ils n'excluent pas la possibilité d'un sens plus profond leur ayant échappé - on rejoint ici l'alèthèïa grecque (mais c'est une autre histoire, que nous vous conterons un autre jour).

- Et donc dans l'apprentissage :

L'enseignant qui ne se réserve pas la possibilité que quelque chose lui échappe, et accorde toute sa confiance au codage textuel (sic) : "Gérard, tu as oublié le [e] de [farine]. On entend le [e] donc il faut l'écrire : fa-ri-neu ; fa-ri-neu. Tu as compris ?"

Gérard soupire... Et il n'écrira pas plus le [e] demain qu'aujourd'hui

PUISQU'IL SAIT BIEN QU'IL NE SE PRONONCE PAS.

Mais...

L'enseignant qui cherche le sens, et s'autorise à ne pas l'épuiser dans l'évidence : "Gérard, tu as oublié le [e] de [farine]. Il faut l'écrire car il se pron...

Non !

Excuse-moi, Gérard, j'allais dire une bêtise... Attends... Je cherche comment te l'expliquer...

...

Voilà, je crois qu'on peut le dire comme ça : il faut écrire le [e] car s'il n'y est pas on lirait fa-rain".

Alors Gérard comprend...

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Le [e] muet ne se prononce pas plus dans [farine]

que [-ve'hem] ne se prononce [-vam]

dans Psaumes XXII-27.

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That's all for today, folks...

Have a nice and sunny August.

See you later, hope in September, for new adventures of our friend Alèthèïa.