Lettre au Professeur Nemur
Cher Professeur Nemur,
Sous enveloppe séparée je vous adresse un exemplaire de mon rapport L'effet Algernon-Gordon. Etude de la structure et du fonctionnement d'une intelligence accrue, que vous pourrez publier si vous en jugez bon.
Comme vous le savez mes recherches sont terminées.
J'ai inclus dans mon rapport tous mes calculs, et les données utilisées pour mes analyses algorithmiques figurent en index.
... Les résultats sont clairs.
... L'INTELLIGENCE ACCRUE ARTIFICIELLEMENT SE DETERIORE DANS LE TEMPS SUR UN RYTHME DIRECTEMENT PROPORTIONNEL A L'AMPLEUR DE SON ACCROISSEMENT.
... Si par hazar vous pouvez mettre quelques fleurs sur la tombe d'Algernor (1). dans la cour.
Daniel Keyes, Flowers for Algernon, Harcourt Brace, New York, 1966 (une version "courte" avait déjà été publiée en 1959)
(1) "Algernon" est la souris de laboratoire sur laquelle l'expérience d'un accroissement artificiel d'intelligence est d'abord tentée. Expérience dont les résultats apparents seront extrapolés pour le traitement de Charlie Gordon, narrateur imaginé par Daniel Keyes. De déficient intellectuel moyen Charlie va rapidement passer au statut de scientifique brillant... Et démontrer que ce qui arrive finalement à Algernon (elle régresse, régresse, régresse, pour se retrouver moins intelligente qu'au départ) va lui arriver à lui. Ce livre devint, avec raison, un best seller aux Etats Unis à la fin des années 60 et plusieurs sites de "fans" lui y sont encore consacrés. En France il connut quelques échos une dizaine d'années plus tard, mais a été oublié depuis. En un parallèle poignant les derniers mots du récit "... Si par hazar" évoquent une identification héroïque inversée qui fait imaginer à Charlie Gordon ce qu'a pu ressentir Algernon face à son rétrécissement terminal d'horizon... Comme Nietzsche (merci Dimitri) face au cheval battu...